S’entraîner à sourire… dans les deux sens

Une recherche scientifique

Paul Ekman affirma en 1972 que sept expressions du visage (tristesse, joie, colère, peur, dégoût, surprise, mépris) ne sont pas déterminées par la culture, mais qu’elles sont universelles, c’est-à-dire qu’elles sont les mêmes dans n’importe quelle culture et qu’elles sont donc déterminées biologiquement.

On en conclue que le lien entre chacune de ces émotions et leur expression sur le visage est très fort, qu’il dépasse l’individu, que ce lien est codé profondément en nous. En 1990, Paul Ekman élargit sa liste à seize émotions de base, certaines ne correspondant pas à une expression.

Paul Ekman, né en 1934 est un psychologue américain. Il fut l’un des pionniers dans l’étude des émotions dans leurs relations aux expressions faciales. Il est considéré comme l’un des cent plus éminents psychologues du XXe siècle. Il fit une recherche sur le terrain qui lui permit de fonder une théorie de détection des micro-expressions élaborée à partir d’études sur des individus appartenant à des premières nations comme les papous et leurs réactions universelles à diverses photographies.

Paul Ekman a par la suite développé un programme d’identification de micro-expressions qui traduisent l’état intérieur des individus. Il en a même fait des cours disponibles sur le Web.
Ce qu’Ekman a démontré scientifiquement, c’est que les expressions révèlent notre état intérieur et une observateur attentif et entraîné peut les déceler. Ces expressions ne peuvent pas être facilement « contrôlées », elles nous trahissent en quelque sorte. Plus encore, que ces expressions sont les mêmes chez tous les humains. Ces expressions sont programmées en nous : que nous fassions partie d’une tribu en Papouasie ou que nous soyons un membre de la pègre new-yorkaise.
Les recherches d’Ekman servirent à la série télé Lie to me.

De la recherche à l’application

La chaîne franco-allemande Arte a publié un documentaire sur Ekman en cinq extraits sur YouTube. L’extrait qui nous intéresse tout particulièrement c’est : Paul Ekman – Arte (2/5) : Le visage décrypté.
Dans cet extrait du documentaire, nous voyons un comédien qui s’intéresse aux travaux d’Ekman. Mais il y a plus. À 1 :56 de la vidéo, Paul Ekman mentionne qu’il ne veut pas imiter l’expression de l’angoisse, car il ne veut pas se sentir angoissé.

Lorsqu’on affiche volontairement une certaine expression sur notre visage, cela la fait naître en nous. Ça fonctionne dans les deux directions ! Et c’est justement le point central de cet article. Nous pouvons utiliser cet automatisme des émotions en sens inverse. En effet, ces expressions sont tellement ancrées en nous que si nous les produisons volontairement, nous allons éprouver l’émotion qui lui est associée.

L’intérêt est donc que nous pouvons ainsi agir sur notre état psychique, sur nos émotions. En produisant volontairement un sourire nous allons ressentir après quelque temps de la joie en nous. Et nous pouvons nous entraîner à cela, ce qui va nous rendre meilleur, plus compétent à être joyeux.

Les émotions positives (et la joie en est une) créent une spirale qui nous donnent le goût de nous améliorer.

(Tiré de Love 2.0 de Barbara Frederickson, voir un peu plus bas.)

Exercices de pleine conscience : le demi-sourire

Mona Lisa
Image dans le domaine public http://fr.wikipedia.org/wiki/La_Joconde#mediaviewer/File:Mona_Lisa,_by_Leonardo_da_Vinci,_from_C2RMF_retouched.jpg

La suppression d’une douleur ne conduit pas nécessairement au plaisir. Il est donc nécessaire de remédier aux émotions négatives, mais aussi d’accroître les émotions positives.

(Extrait de la page 10 de la préface de Matthieu Ricard de la traduction française de Love 2.0 de Barbara Frederickson, éditions Hachette Livres (Marabout), Paris, 2014.)

Nous faisons notre cette affirmation du moine bouddhiste Matthieu Ricard, d’où la nécessité d’insérer la pratique du demi-sourire dans notre quotidien.

Voici six exercices par lesquels vous pouvez vous entraîner au demi-sourire.

  1. Laver la vaisselle en étant détendu: comme si chaque assiette était un objet de contemplation. Considérez chaque bol comme s’il était sacré. Suivez votre respiration pour éviter que votre esprit ne s’égare. N’essayez pas de vous débarrasser de la vaisselle en vous pressant. Considérez cette vaisselle comme la chose la plus importante de votre vie. Laver la vaisselle est une méditation. Si vous ne pouvez pas laver les assiettes en Pleine Conscience, vous ne serez pas davantage en mesure de méditer en silence.
  2. Quand on est inoccupé : que vous soyez, dans une salle d’attente, dans l’autobus, dans une file d’attente au supermarché, etc., laissez apparaître le demi-sourire. Regardez un enfant, une feuille d’arbre, une peinture accrochée au mur, ou tout ce qui est relativement tranquille, et souriez. Inspirez et expirez doucement trois fois. Maintenez le demi-sourire et considérez l’objet de votre attention comme votre nature profonde.
  3. Le matin au réveil: accrochez un signe au plafond de votre chambre à coucher ou tout simplement le mot « sourire », de façon à ce que vous le voyiez dès que vous ouvrez les yeux. Ce signe vous le rappellera. Avant de vous lever, prenez contact avec votre respiration tout en souriant. Inspirez et expirez doucement trois fois en amenant le demi-sourire.
  4. En écoutant de la musique: prêtez toute votre attention aux paroles, à la musique, aux sonorités, aux rythmes, aux instruments, aux émotions que cela suscite en vous. Souriez tout en vous observant inspirer et expirer tout au long d’une pièce de deux ou trois minutes.
  5. Quand on est irrité: détendez les muscles du visage, laissez naître le demi-sourire doucement, sans forcer. Inspirez et expirez calmement trois fois en amenant le demi-sourire.
  6. Durant la méditation: maintenez le demi-sourire tout en se centrant sur sa respiration. Inspirer. Expirer.

Le premier exercice a été inspiré de ZEN UCHI, La maison du Zen, du bouddhisme et du bien-être. Les quatre exercices suivants sont inspirés de Le miracle de la pleine conscience, Manuel pratique de méditation par Thich Nhat Hahn, aux éditions J’ai lu, Paris, 2008. Le sixième et dernier exercice est de moi.

2 réponses sur “S’entraîner à sourire… dans les deux sens”

  1. Le sourire est apaisant, communicatif et peut apaiser les douleurs physique. A pratiquer sans modération à mon avis.

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