La simplicité en pleine conscience : ranger et nettoyer sans laisser aucune trace

Notre maison (NDT : Leo a une conjointe et une famille de six enfants : voir une photo de sa famille) n’est pas aussi propre ni aussi épurée qu’un temple zen, mais quand je vois le désordre et la poussière des maisons des autres, cela me rappelle tout le chemin que nous avons parcouru.

En faisant cette affirmation, je ne suis pas en train de juger les autres, ni de proclamer combien nous réussissons dans le nettoyage et le rangement, mais c’est une simple allusion à tout de ce que nous avons appris dans ce domaine.

Pour moi, nettoyer et ranger sont deux pratiques de pleine conscience. Ce ne sont pas des tâches que j’évite, ni des moyens d’atteindre la perfection (Note : quel genre de perfection ? la propreté parfaite ?) dans mon milieu de vie : ce sont des occasions de vivre dans le moment présent. Et, en tant que telles, ce sont deux de mes activités favorites.

Il arrive que lorsque, par exemple, j’essuie le comptoir avec un chiffon, j’adopte une attitude nuisible. Je peux, entre autres :

  • porter un jugement : « Que cette cuisine est sale ! » ;
  • souhaiter que les choses se passent différemment : « Si seulement les autres pouvaient nettoyer une fois qu’ils ont utilisés la cuisine ! » ;
  • éprouver de l’anxiété par rapport au futur : « J’ai du travail par dessus la tête aujourd’hui ! » ;
  • m’apitoyer sur le passé : « Mon fils m’a vraiment tombé sur les nerfs quand il m’a dit cela ce matin ! » ;
  • etc.

Mais au moins, quand je me surprends à entretenir ce genre de discours intérieurs, j’en prends conscience et je retourne à la tâche à accomplir.

Au moment où j’essuie le comptoir, je remarque les miettes et le liquide répandu qui a séché. Je sens le chiffon passer sur la surface bosselée du comptoir ; puis, progressivement, je sens la surface se lisser. Je sens une tension dans mes épaules et ma mâchoire, et je les détends. Je prends conscience de mon souffle alors qu’il va et qu’il vient. Je rince soigneusement le chiffon et j’observe l’eau sale s’écouler dans le drain de l’évier. (Note de la réviseuse : Très beau ! Presque poétique 🙂 )

Ce que je viens de décrire dans le paragraphe précédent est non seulement une pratique pour une vie en pleine conscience, mais c’est également la vie elle-même, c’est-à-dire le geste bien concret d’essuyer. Nettoyer les objets en pleine conscience devient une occasion comme une autre de m’émerveiller.

Il y a des activités similaires qui me permettent de pratiquer la pleine conscience : laver la vaisselle, faire le ménage d’un garde-robe ou d’une tablette, essuyer l’évier ou les toilettes, balayer la cuisine et le corridor, etc. Chaque instant que je passe à faire ces choses me rempli de joie et de reconnaissance.

Les principes

Voici maintenant une liste de principes ou d’idées bien précises qui m’aident à me rappeler des principes de cette pratique. Ce qui est important pour moi, c’est de garder à l’esprit ces quelques principes généraux afin de me les rappeler dans l’action.

  1. S’assurer que lorsqu’on nettoie, on ne fait qu’une seule chose : nettoyer. Ne pas planifier, ne pas avoir à l’esprit la tâche suivante alors qu’on est déjà en train d’exécuter une tâche ; ne pas écouter un podcast ou encore regarder la télévision alors qu’on est en train de faire le ménage. Juste essuyer. Juste balayer. Juste désencombrer. Juste laver. Puis se contenter de rincer, tout simplement.
  2. Faire son travail avec gratitude et compassion. Avant de commencer, on prend le temps d’être reconnaissant pour tout ce que l’on possède et pour sa capacité de nettoyer et de ranger (NDT : on n’est ni paraplégiques, ni paralysés, ni cloués sur un lit). On éprouve de la gratitude pour les personnes qui font partie de sa vie, et on se rappelle pourquoi on éprouve cette gratitude à leur égard. Puis, on se ramène doucement à la compassion qui guide ses actions: on nettoie, car ainsi, les gens avec qui on partage l’espace de vie pourront bénéficier d’un comptoir ou d’un évier propre. De même, on nettoie par compassion pour soi-même : en libérant cet espace, par exemple, on pourra disposer d’un endroit sans fouillis dans lequel on pourra lire un bon livre.
  3. Être attentif à ses pensées, à son corps, à ses gestes. On s’entraîne à concentrer son attention sur le chiffon, le balai, la poussière. Est-on en train de juger les autres ? De souhaiter que quelque chose se passe différemment ? De ressentir de la colère ? On ne tente pas de bannir ses pensées, mais seulement d’en prendre conscience. Puis, on redirige son esprit vers le nettoyage.  On observe son corps, sa respiration, tout ce qui se passe  et on s’immerge dans le moment présent.
  4. Ne pas laisser de trace. Ceci est un emprunt à l’éthique et à la philosophie de ceux qui pratiquent les activités de plein air. Il s’agit d’exercer un impact minimal sur l’environnement, de ne laisser que des empreintes sur le sol et de ne rien prendre, si ce n’est que des photos. Cette éthique peut également s’appliquer dans son foyer et dans son lieu de travail. Ce ne sont pas des endroits en pleine nature, comme un lac ou un une montagne, mais ce sont des espaces que l’on occupe. On y vit, et souvent, avec ceux qu’on aime. C’est pourquoi l’on doit être conscient de l’impact que l’on exerce sur son habitat. « Ne laisser aucune trace » signifie qu’on ne laisse pas un fouillis, qu’on se débarrasse des  déchets de manière appropriée et qu’ainsi, on respecte les autres avec qui l’on partage cet espace.

Les lignes directrices

À partir des principes généraux qui précèdent, j’ai créé une liste de lignes directrices. Ce ne sont pas des règles, mais des points de repère qui servent à se situer par rapport à certaines façons de faire le ménage qui sont reconnues et qui aident à porter attention à ce que l’on fait.

Je me dois de souligner que j’ai beaucoup appris de Fly Lady, tout comme du personnel courtois et attentionné du Tassajara Zen Montagne Centre et des instructions de Eihei Dogen pour le Tenzo.

  1. Laver son bol lorsqu’on a terminé. Et tous les autres plats aussi, bien sûr.
  2. Nettoyer au fur et à mesure. Si on hache des légumes, on nettoie la planche à découper et le couteau lorsqu’on a terminé, puis on met les déchets végétaux dans le compost. On n’empile pas les choses sur les comptoirs ou dans l’évier.
  3. Trouver une place pour chaque chose. Si un objet n’a pas sa place propre, lui en trouver une. On remet les choses à leur place quand on a terminé.
  4. Commencer par désencombrer là où on se trouve. Lorsqu’on est complètement débordés par le fouillis général, on commence par là où on est. On ramasse quelques objets dont on n’a plus besoin et on les dépose dans une boîte ou un sac pour les donner ou les recycler.
  5. Essuyer son évier. On nettoie l’évier quand on termine une tâche. S’il est sale, on le frotte. (NDT: L’évier est généralement l’endroit le plus contaminé par des microbes dans une maison. Il convient de le laver à l’eau savonneuse quotidiennement et de le désinfecter avec un produit adéquat une ou deux fois par semaine. L’éponge humide qui traîne sur l’évier est encore plus contaminée: la désinfecter en la passant une à deux minutes au micro-onde au deux jours.)
  6. Essuyer les comptoirs et la cuisinière. Une fois que l’on a terminé la préparation d’un repas, tout essuyer ne prend qu’une minute.
  7. Si un plancher est sale, prendre une minute pour le balayer en pleine conscience. C’est une petite pause agréable durant la journée.
  8. Manipuler les couteaux avec soin (NDT: tant pour ne pas se couper que pour les maintenir aiguisé).
  9. Tirer la chasse des toilettes. On conserve une brosse de toilette près de la cuvette et si l’on remarque un peu de saleté après l’avoir utilisée, un petit coup de brosse suffit. Puis, on tire la chasse.
  10. Garder chiffons et éponges à récurer à portée de la main. On garde une éponge à récurer dans la salle de bain pour essuyer les toilettes ou la douche quand elles sont sales. Ça ne prend qu’une minute, et comme on a l’éponge à récurer à portée de la main, on n’a aucune raison de ne pas le faire.
  11. Maintenir toutes les surfaces libres. Sur mon bureau, il n’y a absolument rien, si ce n’est mon ordinateur portable et une photo de ma femme. Les comptoirs et les tables sont libres. Sur les planchers, il n’y a que des tapis ou des meubles : ce n’est pas un endroit pour accumuler des trucs inutiles ou inutilisés. Si l’on constate qu’il y a des surfaces encombrées, on les vide une à la fois.
  12. Prendre soin de ses outils comme de la prunelle de nos yeux.
  13. Être doux avec ceux qui nous entourent.
  14. On y est déjà. Il ne s’agit pas d’un ensemble d’idéaux auxquels il faut aspirer ou un standard de perfection à atteindre. Le plus important est qu’il s’agit d’une pratique de pleine conscience, et si l’on nettoie et range en pleine conscience, on y est déjà.
[L’article original par Leo Babauta a d’abord été publié en anglais le 4 septembre 2012 sur Zen habits ; la traduction française est de Claude Séguin.]

Une pensée sur “La simplicité en pleine conscience : ranger et nettoyer sans laisser aucune trace”

  1. J’aurais pu écrire cet article… En moins ZEN peut-être ? Pour moi, la discipline d’une routine ordonnée est un art que le disciple affectionne…

    Chaque jour j’honore la vie en prenant bien soin de chacune de mes respirations. Chacun de mes pas veut s’engager dans la voie qui lui est tracé soit dans une conjoncture transcendante et bienfaisante … Cela issue d’une régénérescence quotidienne…

    L’ordre des choses a aussi pour moi sa propre nature distincte. Pour moi et en moi s’en suis ce raisonnement, que la foi n’a d’autre attribut que celui de croire que « tout » est possible…

    Puisque ce tout, m’est beaucoup plus ignoré que connu. L’Univers englobe tellement plus que ce monde fini dans lequel ma conscience distingue, voit, palpe et ressent; l’Univers est infini…

    Tout comme les Univers qui l’entourent… Cela je ne peux ni ne désire chercher à expliquer sa conception… Tout viendra à point en son temps… Ce que je sais est un fait démontré et prouvé… Ce que j’ignore et désire réaliser, je me contente d’essayer autant que possible d’y croire…

    De là, je demeure ouvert à toutes éventualités…

    Merci Claude pour ce moment éclairé commenté à bon escient.

    Jacques Geai (G)

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